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06/01/2008

Homélies de l'Epiphanie du Seigneur

 Homélie de l'Epiphanie du Seigneur

Is 60, 1-6 ; Ps 71 ; Ep 3, 2-3a, 5-6 ; Mt 2, 1-12

Ces pèlerins venus de l'Orient, ces chercheurs de sens, n'étaient certes pas des rois. Pas plus qu'ils n'étaient trois. Mais l'Epiphanie, rappelait le mystique Zundel, c'est la fête des signes. Des signes que Dieu nous fait. Signes dans la nature, dans l'histoire ou en nous-même. Des siècles avant Jésus-Christ, par exemple, Balaam, un devin réputé, donnait déjà un oracle… "Du peuple d'Israël monte une étoile, surgit un sceptre" (Nb 24, 15-17). Or, Balaam, prophète malgré lui, n'appartenait pas au peuple d'Israël. Les mages non plus. L'Esprit souffle où il veut, même chez les païens. Et les poètes de Dieu nous transmettent ces messages en symboles. L'étoile des mages était tout simplement dans les Ecritures.

Mais les images bibliques, comme tant d'autres sont un langage secret dont il nous faut découvrir le sens pour en écouter le message. Un message qui ne reste pas figé dans le passé, mais se révèle au présent. L'Epiphanie, c'est encore aujourd'hui.

Encore faut-il ne pas se tromper d'étoile, car les "stars" sont légion. On peut aussi, aujourd'hui comme hier, connaître la route et ne pas s'y engager. Ou encore, comme les grands prêtres, les théologiens, les exégètes et pasteurs évoqués par l'Evangile, interpréter correctement les Ecritures et ne pas bouger d'un pas. D'ailleurs, la foule des pratiquants du Temple, ne s'est pas précipitée non plus à la suite des mages. Par contre, des étrangers au peuple élu, comme actuellement encore des étrangers au peuple des baptisés, peuvent être inspirés par l'Esprit qui, lui, ne connaît aucune frontière. C'est ainsi que l'on devient chercheur de sens, du sens de la vie, chercheur de l'Homme, chercheur de Dieu, jusqu'à décider de se mettre en route, au risque de l'aventure.

Cependant, c'est Jésus qui est au centre du récit et non pas les mages. La question est donc de savoir ce qu'a voulu dire Matthieu. Catéchète et prédicateur, il était confronté aux scrupules d'une jeune et petite Eglise, craintive, repliée sur ses racines et traditions juives. Pour la plupart de ces convertis, la mission confiée par Jésus à ses disciples était de se préoccuper "des brebis perdues d'Israël". Une priorité. D'autres, venus de religions païennes, de milieux pluralistes, dirions-nous, voulaient au contraire faire éclater le ghetto des privilégiés, pour partager le trésor du Christ avec tous les étrangers, sans exclusive. Autrement dit, ouvrir portes et fenêtres. Or, à l'époque, pour les tenants du judaïsme le plus strict, il n'était pas question d'admettre l'universalité du message de Jésus, car "Hors d'Israël, pas de salut". Dès lors, entendre dire qu'un même projet de Dieu devrait rassembler juifs et païens, devait fatalement provoquer l'indignation de beaucoup. Un vrai scandale.

Pour convaincre, Matthieu va s'inspirer de certains faits réels, et bâtir un récit symbolique, plus imagé, plus digeste qu'un traité de théologie. Et donc, plus accessible au grand nombre. Il s'agit d'expliquer que le Christ est pour tous. Tous sont appelés. Et ceux et celles qui répondent sont tous envoyés, non pour conquérir et imposer, mais pour annoncer Jésus-Christ. Pour être aussi à l'écoute des étrangers et partager avec eux ce que leur a inspiré l'Esprit.

Il ne s'agit pas d'être des missionnaires d'une idéologie, ni les instruments d'un pouvoir, mais bien des témoins contagieux, mobilisés avec d'autres. Et d'abord, comme chante le psaume, pour "faire droit au malheureux sans recours, délivrer le pauvre qui appelle, avoir souci du faible et être un instrument de justice et de paix".

Le mystère révélé, précise S. Paul, c'est que "tous les humains sans exception sont associés au même héritage, au même corps, au même partage de la même promesse en Jésus-Christ, par le moyen de l'Evangile" (Eph 3, 6). Il n'y a donc pas de propriétaires, il n'y a pas d'exclus. Alors que nous sommes toujours tentés de rétrécir les horizons et de multiplier les exclusions. Aujourd'hui encore, il y a des abîmes qui séparent et opposent les fils d'Abraham, juifs, musulmans, chrétiens. Les disciples du Christ aussi se déchirent entre eux. Ceux de Pierre, de Paul ou d'André. Sans oublier cet océan de méfiance, de soupçon ou de mauvaise foi qui oppose trop souvent des croyants et des non croyants, incapables de se respecter et de collaborer. Alors que c'est la vie et l'avenir même de l'humanité entière qui est en jeu. Or, "vivre pour l'Homme, c'est voir Dieu", affirmait S. Irénée.

Derrière ces mages quelque peu superstitieux, qui cherchent une réponse dans les étoiles, c'est une foule immense d'hommes et de femmes de toutes langues, races et cultures, qui tâtonne à la recherche de la lumière. Et bien, traduit Matthieu, ils peuvent déjà entendre l'appel de Dieu à travers leurs propres symboles, y répondre et se mettre en route, guidés par une lumière intérieure. Dieu appelle tous les humains de l'intérieur même de leur culture. Il y a des semences du Verbe dans toute existence, dans toujours les religions et traditions de tous les peuples. Mais ce Verbe de Dieu, ce Messie, est toujours à chercher, à découvrir et à mieux connaître.

Jadis, le peuple élu était persuadé que le Messie viendrait dans Le Temple du Très-Haut, à Jérusalem… Et voici que Le Libérateur apparaît incognito, hors de la capitale religieuse. Non pas comme un prince couronné, mais comme un bébé ordinaire, et dans un trou perdu. C'est là que l'humanité avait rendez-vous avec son Dieu pour une Epiphanie. Une manifestation du mystère de Dieu et du mystère de l'Homme, inséparablement.

Qu'en est-il deux mille ans plus tard ? Où sont les signes et comment les déchiffrer ? Où est la révélation, où sont les révélateurs ? Aujourd'hui encore, l'invisible apparaît. Il nous faut donc des yeux d'Epiphanie, chante la liturgie arménienne, car l'Incarnation se poursuit, s'actualise au fil des temps.

Aujourd'hui encore, nous devons nous aussi comme les mages, "ne pas nous arrêter au pied de l'enfant", ni revenir en arrière. Il s'agit, au contraire, d'être capable d'abandonner des chemins familiers, une certaine manière de vivre, au risque providentiel de découvrir des pistes nouvelles et des interprétations inédites. Voire même de rencontrer un Christ que nous ne cherchions plus, croyant peut-être l'avoir déjà pleinement et définitivement trouvé dans une doctrine rigoureusement définie, dans les dévotions, les marbres, les ors et la gloire de son Temple. Alors qu'il habite dans un petit village inconnu, un milieu peu fréquentable, un peuple méprisé. Il est aussi en permanence dans notre ordinaire quotidien, comme à l'intérieur de nous-même. C'est là qu'il nous attend aujourd'hui pour changer de chemin, vivre autrement, et participer avec des "étrangers", tous ensemble, à la construction d'un monde de justice et de paix. Nous serons d'ailleurs, après l'eucharistie, envoyés en mission : "Dans la paix du Christ". Pour voir bien des choses et des personnes autrement.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Homélie de l'Epiphanie du Seigneur

Is 60, 1-6 ; Ps 71 ; Ep 3, 2-3a, 5-6 ; Mt 2, 1-12

Thème : "Une marche à l'étoile au risque de chemins inconnus"

(Prononcée en 2001 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), cette homélie est marquée par les événements de cette époque)

Ces pèlerins venus de l'Orient, ces chercheurs de sens, n'étaient certes pas des rois. Pas plus qu'ils n'étaient trois. Et peu importe si nos explorateurs modernes du cosmos ne découvrent aucune trace de l'astre mystérieux. L'antiquité, friande d'astrologie, annonçait volontiers par des étoiles la naissance des empereurs et des rois. Mais l'Epiphanie, rappelait très justement le mystique Zundel, c'est la fête des signes. Des signes que Dieu nous fait. Signes dans la nature, dans l'histoire ou en nous-même. Des siècles avant Jésus-Christ, Balaam, un devin réputé, donnait déjà un oracle… "Du peuple d'Israël monte une étoile, surgit un sceptre" (Nb 24, 15-17). Or, Balaam, prophète malgré lui, n'appartenait pas au peuple d'Israël. Les mages non plus. L'Esprit souffle où il veut, même chez les païens. Et les poètes de Dieu nous transmettent ces messages en symboles. L'étoile des mages était tout simplement dans les Ecritures.

Il en va de même dans la peinture : cet art célébré aujourd'hui encore dans la cathédrale avec des œuvres de Kim en Joong. Que nous offre-t-il ? Des "fragments d'un monde inconnu". Des contemplations inspirées, exprimées en compositions abstraites. Mais les couleurs, comme les images bibliques, sont un langage secret dont il nous faut découvrir le sens pour en écouter le message. Un message qui ne reste pas figé dans le passé, mais qui se révèle au présent. L'Epiphanie, c'est aujourd'hui.

Ceci dit, il ne faut pas se tromper d'étoile, car les "stars" sont légion. On peut aussi, aujourd'hui comme hier, connaître la route et ne pas s'y engager. Ou encore, comme les grands prêtres, théologiens, exégètes et pasteurs évoqués par l'Evangile, interpréter correctement les Ecritures et ne pas bouger d'un pas. D'ailleurs, la foule des pratiquants du Temple, ne s'est pas précipitée non plus à la suite des mages. Par contre, des étrangers au peuple élu, comme actuellement encore des étrangers au peuple des baptisés, peuvent être inspirés par l'Esprit qui, lui, ne connaît aucune frontière. C'est ainsi que l'on devient chercheur de sens, du sens de la vie, chercheur de l'Homme, chercheur de Dieu, jusqu'à décider de se mettre en route, au risque de l'aventure.

Cependant, c'est Jésus qui est au centre du récit et non pas les mages. La question est donc de savoir ce qu'a voulu dire Matthieu. Catéchète et prédicateur, il était confronté aux scrupules d'une jeune et petite Eglise, craintive, repliée sur ses racines et traditions juives. Pour la plupart de ces convertis, la mission confiée par Jésus à ses disciples est de se préoccuper "des brebis perdues d'Israël". Une priorité. D'autres, venus de religions païennes, de milieux pluralistes, dirions-nous, voulaient, au contraire, faire éclater le ghetto des privilégiés, pour partager le trésor du Christ avec tous les étrangers, sans exclusion. Autrement dit, ouvrir portes et fenêtres. Or, à l'époque, pour les tenants du judaïsme le plus strict, il n'est pas question d'admettre l'universalité du message de Jésus, car "hors d'Israël, pas de salut". Dès lors, entendre dire qu'un même projet de Dieu devrait rassembler juifs et païens, devait fatalement provoquer l'indignation de beaucoup. Un vrai scandale. Idem chez les Ephésiens, où Paul avait bien du mal à leur faire comprendre que l'appel libérateur de l'Evangile n'est pas réservé à quelques-uns. Il est universel, sans exclusive.

Pour convaincre, Matthieu va s'inspirer de certains faits réels, et bâtir un récit symbolique, plus imagé, plus digeste qu'un traité de théologie. Et donc, plus accessible au grand nombre. Il s'agit d'expliquer que le Christ est pour tous. Tous sont appelés. Et ceux et celles qui répondent sont tous envoyés, non pour conquérir et imposer, mais pour annoncer Jésus-Christ. Pour être aussi à l'écoute des étrangers et partager avec eux ce que leur a inspiré l'Esprit.

Il ne s'agit pas d'être les missionnaires d'une idéologie, ni les instruments d'un pouvoir, mais bien des témoins contagieux, mobilisés avec d'autres. Et d'abord, comme chante le psaume, pour "faire droit au malheureux sans recours, délivrer le pauvre qui appelle, avoir souci du faible et être un instrument de justice et de paix".

Le mystère révélé, précise S. Paul, c'est que "tous les humains sans exception sont associés au même héritage, au même corps, au même partage de la même promesse en Jésus-Christ, par le moyen de l'Evangile" (Eph 3, 6). Il n'y a donc pas de propriétaires, il n'y a pas d'exclus. Alors que nous sommes toujours tentés de rétrécir les horizons et de multiplier les exclusions. Aujourd'hui encore, il y a des abîmes qui séparent et opposent les fils d'Abraham, juifs, musulmans, chrétiens. Les disciples du Christ aussi se déchirent entre eux. Ceux de Pierre, de Paul ou d'André. Sans oublier cet océan de méfiance, de soupçon ou de mauvaise foi qui oppose trop souvent des croyants et des non croyants, incapables de se respecter et de collaborer. Alors que c'est la vie et l'avenir même de l'humanité entière qui est en jeu. Or, "vivre pour l'Homme, c'est voir Dieu", affirmait S. Irénée.

Derrière ces mages quelque peu superstitieux, qui cherchent une réponse dans les étoiles, c'est une foule immense d'hommes et de femmes de toutes langues, races et cultures, qui tâtonne à la recherche de la lumière. Et bien, traduit Matthieu, ils peuvent déjà entendre l'appel de Dieu à travers leurs propres symboles, y répondre et se mettre en route, guidés par une lumière intérieure. Dieu appelle tous les humains de l'intérieur même de leur culture. Il y a des semences du Verbe dans toute existence, dans toutes les religions et traditions de tous les peuples. Mais ce Verbe de Dieu, ce Messie, est toujours à chercher, à découvrir et à mieux connaître.

Jadis, le peuple élu était persuadé que le Messie viendrait dans Le Temple du Très-Haut, à Jérusalem… "La maison de prière pour tous les peuples". Mais le prophète Isaïe considérait pour sa part qu'une maison pour Yahwé est chose impensable (66, 1-2). Et voici que Le Libérateur apparaît incognito, hors de la capitale religieuse. Non pas comme un prince couronné, mais comme un bébé ordinaire, et dans un trou perdu. C'est là que l'humanité avait rendez-vous avec son Dieu pour une Epiphanie. Une manifestation du mystère de Dieu et du mystère de l'Homme, inséparablement.

Qu'en est-il deux mille ans plus tard ? Où sont les signes et comment les déchiffrer ? Où est la révélation, où sont les révélateurs ? Aujourd'hui encore, il nous faut donc des yeux d'Epiphanie. L'invisible apparaît, chante la liturgie arménienne, car l'Incarnation se poursuit, s'actualise au fil des temps.

Avec le Jubilé, nous venons précisément de vivre une sorte d'année anniversaire de ces évènements. Aujourd'hui, la Porte Sainte, ouverte à Noël 1999 vient d'être fermée. Pas question pour autant de mettre la clé sous le paillasson. Car la Porte Vivante, c'est le Christ lui-même. Elle reste donc grande ouverte. Autrement dit, nous devons nous aussi, comme les mages, "ne pas nous arrêter au pied de l'enfant", ni revenir en arrière. Mais, au contraire, être capable d'abandonner des chemins familiers, une certaine manière de vivre, au risque providentiel de découvrir des pistes nouvelles et des interprétations inédites. Et même de rencontrer un Christ que nous ne cherchions plus, croyant peut-être l'avoir déjà pleinement et définitivement trouvé, dans une doctrine rigoureusement définie, dans les dévotions, ou dans les marbres, les ors et la gloire de son Temple. Alors qu'il habite dans un petit village inconnu, un milieu peu fréquentable, un peuple méprisé. Il est aussi en permanence dans notre ordinaire quotidien, comme à l'intérieur de nous-même. C'est là qu'il nous attend aujourd'hui pour changer de chemin, vivre autrement, et participer avec des "étrangers", tous ensemble, à la construction d'un monde de justice et de paix. Nous serons d'ailleurs, après l'eucharistie, envoyés en mission : "Dans la paix du Christ". Pour voir bien des choses et des personnes autrement.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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