Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

19/02/2009

Homélie du 8e dimanche ordinaire B

Homélie du 8e dimanche ordinaire B

Os 2, 16b, 17b, 21-22 ; 2 Co 3, 1b-6 ; Mc 2, 18-22Toute comparaison cloche. Cependant, si l'on veut comprendre aussi bien que possible le type de relation que Dieu veut établir avec nous et ce qu'il attend de nous, l'exemple des fiançailles et des noces est le plus éloquent.

 

Quand le Seigneur met l'alliance au doigt de ceux qui l'aiment, c'est la fête, et la fête ouvre une merveilleuse aventure… Mais de quoi demain sera-t-il fait ? Y aura-t-il croissance ou dégradation, communion ou oppression, fidélité ou trahison, lutte ou capitulation, succès ou échec ?

C'est au cœur même de l'expérience douloureuse d'une vie conjugale mouvementée, que le prophète Osée va se mettre "à la place de Dieu", sentir comme lui les déceptions de l'infidélité, les tourments de celui qui est abandonné, et la puissance d'un amour toujours présent. Faut-il condamner ou pardonner, punir ou faire confiance, imposer des mesures restrictives ou généreusement partager ? Faut-il ratifier l'échec ou créer du neuf ?

Les relations établies entre Dieu et son peuple, entre le Christ et l'humanité, se situent au niveau d'une alliance. Le lien ainsi créé n'est pas chaîne de prisonnier ou corde d'esclave. Il est nuptial, intime, fort et fait pour durer.

Ce pacte d'amour suppose une capacité de réciprocité et d'égalité, de connaissance mutuelle et de partage des dons. Dans la corbeille des noces, point n'est besoin de richesse, de puissance ou de gloire. Ce qui importe, c'est d'apporter "la justice et le droit, l'amour et la tendresse" (1e lecture).

Avant de célébrer la fête et de sceller l'alliance dans le durable, il est une longue démarche d'approche, de découverte, dont on ne peut faire l'économie. Qui est-il donc celui qui veut nous séduire et se présente comme maître de vie ? Où va-t-il, que veut-il, celui qui méprise nos déclarations superficielles et a l'ambition de marquer définitivement de son esprit nos cœurs légers, instables et insatisfaits ?

Il nous faut le rencontrer au désert, là où les bruits, vacarmes et rumeurs ne détournent plus l'attention. Là où les idoles et les plaisirs faciles n'ont ni temples ni adorateurs.

Les désirs doivent être purifiés, freinés, orientés. Nulle communion profonde ne s'improvise. Elle est le fruit d'une lente maturation, d'un rude et patient apprentissage. C'est bien là le jeûne austère qui rend plus lucide, élimine les obstacles, tant les brouillards que les mirages.

Le temps du jeûne est celui de l'attente. C'est aussi celui de la créativité. Il faut en effet abandonner les vielles outres et les vêtements usés pour accueillir le vin nouveau et les étoffes neuves. C'est l'heure de brûler les reliefs de la haine, de la vengeance et de la mémoire du mal, pour retrouver le manteau de l'amour qui pardonne, oublie et crée.

Malgré paresse et obsession de sécurité qui nous accrochent au passé, le temps du "désert" permet de reconnaître et d'écarter les routines moisies et paralysantes, les pratiques usées, le culte de la lettre, les habitudes du péché et nos réactions d'Ancien Testament. Nous sommes à l'heure du Nouveau qui bouleverse, secoue, transforme, mais pour vivre.

Il est des conditions pour que la fête éclate et soit bien réussie, jusqu'à prolonger ses effets dans le temps. Pas de vraie fête avec des vêtements rapiécés, des consciences sclérosées, des outres usées. La fête est célébration d'une conversion, d'un nouveau départ, d'une naissance, d'une création.

La fête de l'eucharistie relève des mêmes exigences. Mais quel pardon avons-nous à fêter ? Quelle conversion, quelle gratitude, quel enthousiasme, quel renouveau sommes-nous venus célébrer ? Peut-être notre messe est-elle trop coupée de notre vie qui devrait préparer et animer la rencontre ? Peut-être est-elle trop exclusivement abordée comme un devoir relativement pénible et non comme un banquet qui nous invite à laisser tomber nos vieux paletots pour revêtir des vêtements de résurrection et donc de vie nouvelle.

Nous n'avons pas fini de découvrir les bienfaits et les richesses de l'eucharistie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Les commentaires sont fermés.