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27/01/2015

Homélie du 4e dimanche ordinaire B

Homélie du 4e dimanche ordinaire B

Dt 18, 15-20 ; 1 Co 7, 32-35 ; Mc 1, 21-28

Aujourd'hui, fidèle aux célébrations du jour du Seigneur, à Bruxelles comme à Montréal, Kinshasa, Londres ou Calcutta…, Jésus, Parole vivante de Dieu, est là dans nos églises pour enseigner. Cependant, sa prédication passe souvent inaperçue… Beaucoup même ne se contentent-ils pas d'arriver à l'Assemblée quand s'est refermé le livre de la Parole de Vie ? Jésus est trop peu une parole qu'on écoute et qu'on accueille avec amour et recueillement, pour communier à l'Esprit qui fait toute chose nouvelle.

Peut-être y aurait-il plus d'ambiance si, comme à la synagogue de Capharnaüm, une personne se mettait à hurler des invectives contre le corps du Christ qui est l'Eglise, la religion opium du peuple, ou un pape apostat responsable du "blasphème d'Assise" ?

Nous serions sans doute plus impressionnés et mieux convaincus si la voix du Christ pouvait se faire entendre comme un tonnerre et une menace, une vigoureuse interpellation, un ordre d'expulsion destiné aux esprits impurs, aux "souffles contaminés".

C'est oublier un peu vite que la Parole de Dieu n'a rien perdu de sa puissance ni de son efficacité, et qu'elle agit généralement dans la zone intime des consciences, où les orages et les tempêtes, les conversions et les révolutions, se déroulent dans le plus grand silence.

Ce n'est d'ailleurs pas seulement "un homme tourmenté par un esprit mauvais" que l'on trouve dans nos liturgies dominicales. Ne sommes-nous pas tous quelque peu possédés par un ou plusieurs démons qu'il nous arrive même de dissimuler sous des masques de vertu ? Nos esprits mauvais ne sont pas toujours braillards. Ils n'en sont pas moins toujours sur la brèche et prompts sur la balle. Le démon de midi est bien peu de chose à côté des légions d'esprits mauvais qui portent ces noms, devenus familiers, d'orgueil et de vanité, passion de l'argent et du pouvoir, obsession sexuelle et cancer de l'égoïsme, intégrisme aveugle et dogmatisme persécuteur… "Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient atteints".

Cependant, aujourd'hui encore, dans les grandes ou modestes assemblées, le Christ délivre des possédés du démon et libère en eux l'Esprit retenu prisonnier.

L'important, c'est de nous exposer nus à la Parole active, efficace et créatrice, nous rendre vulnérables au feu purificateur, au regard de vérité, au glaive du Verbe qui se fait l'hôte des auditeurs attentifs. Sans route, les discours et témoignages du prophète de Nazareth peuplent notre mémoire. Mais l'enregistrement le plus fidèle n'est pas pour autant communion de cœur et d'esprit, signature d'une alliance, conversion de mentalité, ni engagement pour une aventure. Se référer à la mémoire n'est pas souvent excuse facile pour échapper au risque d'une révélation mobilisatrice ?

Le Christ se livre en Verbe et ce Jésus-Parole "m'expulse de ma place assise, de mes rôles établis, de mon masque de certitudes, de mes discours de façade, pour me forcer à moi-même" (Jean Debruynne). Mais cette expulsion ne se fait pas sans violences et sans cris. Il faut ce vide pour que le Père, le Fils et l'Esprit, s'établissent en notre demeure, en communion. Il faut être libérés des vieux ferments, des "lettres" et des peurs paralysantes, de la dictature des habitudes sclérosées et des "souffles contaminés", pour être à même d'accueillir et d'accepter un enseignement bon et nouveau. Seul celui qui est habité par la Parole peut vraiment communier au Pain partagé et au Corps du Christ qui est l'Eglise.

Rassemblés et enseignés, interpellés et délivrés, nous découvrirons la Parole proclamée avec autorité et nous reconnaîtrons dans le Verbe celui qui "commande même aux esprits mauvais". Renouvelés, nous voici prêts à répandre la renommée de celui qui est lui-même la Bonne Nouvelle.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008