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21/04/2015

Homélie du 4e dimanche de Pâques B

Homélie 4e dimanche de Pâques, B

Ac 4, 8-12 ; 1 Jn 3, 1-2 ; Jn 10, 11-18

Thème : "Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur, que de compter sur les puissants" (Ps 117)

(Prononcée en 2006 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), les événements cités sont de cette époque)

Si l’Eglise est présentée comme Corps du Christ, nous comprenons avec Paul que les chrétiens en sont les membres vivants. Si on la compare à une vaste maison accueillante, nous acceptons volontiers d’en être les pierres ou les moellons, qu’ils soient bruts ou bien taillés. Jean ne nous étonne pas quand il nous qualifie d’enfants de Dieu. Ce qui nous rend frères ou sœurs de Jésus, le Christ. Mais dans nos pays hyper industrialisés, les bergers se font rares, et nous n’aimons pas être traités de moutons ni de constituer un troupeau, qu’il soit social, politique ou religieux. Cependant, si ces comparaisons varient suivant les temps et les circonstances, la révélation fondamentale demeure, qu’il faut traduire et incarner selon les évolutions de l’histoire.

Ainsi, durant environ 15 siècles, les vocations sacerdotales et religieuses ont été pratiquement considérées comme les seules voies d’accès à la perfection évangélique. Par contre, Vatican II a rappelé que la première vocation à la vie chrétienne est celle de la foi et du baptême, qui rendent déjà participants à l’unique sacerdoce du Christ. Or, il y a dans l’Eglise diversité de dons, de tâches et de fonctions. Même si, pendant des siècles, les clercs avaient acquis le monopole quasi absolu des services et des responsabilités ecclésiales.

C’est ainsi qu’au 12e siècle, un certain Pierre le Chantre écrivait : "Il faudrait qu’il y ait moins d’églises, moins d’autels, moins de prêtres, et qu’ils soient plus sévèrement choisis". Et cependant, entre le Moyen Age et la Révolution française, bien des paroisses de nos régions chrétiennes comptaient de 20 à 50 prêtres, ordonnés uniquement pour célébrer des messes, surtout pour les défunts. A l’exclusion de tout autre type de pastorale. On les appelait les altaristes. A la cathédrale de Strasbourg, en 1521, ils étaient 120. Trois siècles plus tard, dans le Royaume de Naples, la capitale comptait, paraît-il, 2.000 prêtres diocésains, 3.000 prêtres marginaux sans fonction précise, 104 couvents, avec 4.500 moines et 10.000 moniales, c’est-à-dire 4 % de la population. Imaginez aujourd’hui, à Bruxelles, ils seraient 40.000 !

Avec Vatican II, on a retrouvé une vaste palette de tâches et de responsabilités qui, dans l’Eglise, peuvent, sinon doivent revenir à des laïcs. Après la foi confirmée par le baptême, il y a pour chacun de nouveaux appels possibles, et donc des vocations particulières à prendre certains engagements de service et de responsabilité. En fonction des aptitudes personnelles, des besoins de l’Eglise, d’un appel intérieur, ou celui de la communauté.

Si les chrétiens du monde entier sont aujourd’hui invités à prier pour les "vocations", il ne s’agit plus uniquement, comme jadis, de prier pour les vocations sacerdotales et religieuses, mais d’abord pour que le peuple de Dieu, et par conséquent chacun de ses membres, réponde à sa vocation chrétienne. Nous sommes tous et chacun interpellés. Qu’as-tu fait de ton baptême ? de ton mariage ? de tes responsabilités et engagements chrétiens ? Qu’as-tu fait de ton sacerdoce et de ta consécration religieuse ? … Et toi dans la foule, es-tu disposé(e) à répondre à un appel particulier, plus radical, de ce Christ qui te murmure peut-être : "Viens et suis-moi" ?… Quel engagement es-tu prêt(e) à prendre au service de l’Eglise et du monde ? Il y a tant de tâches à remplir, de responsabilités, de missions à assumer, de témoignages à rendre… Ne crains pas, je suis même prêt à te porter sur mes épaules.

Ceci dit, nous devons éviter de tomber dans le piège de la nostalgie d’un certain passé. Sachez que l’Eglise, dans sa dimension universelle d’aujourd’hui, et dans le déroulement de son histoire millénaire, ne connaît pas et n’a jamais connu ce luxe d’avoir un pasteur dans chaque paroisse, un rassemblement eucharistique chaque dimanche, un prêtre pour chaque enterrement… Mais, ce qui peut nous apparaître comme une grave pénurie vis-à-vis de l’abondance exceptionnelle connue en Occident pourrait, aujourd’hui, être une occasion providentielle pour redécouvrir, tant la valeur essentielle du sacerdoce ministériel et de la vie religieuse que celle du sacerdoce des fidèles. Et rendre ainsi aux chrétiens un sens aigu de leurs véritables responsabilités ecclésiale et missionnaire qui vont de pair. D’ailleurs, à chaque époque, et la nôtre ne fait pas exception, l’Esprit ne cesse de susciter de nouvelles manières de vivre l’Evangile, de nouveaux types de vocation sacerdotale, de nouvelles familles religieuses. Ainsi, il existe même en Italie, depuis 1965, une communauté monastique œcuménique qui compte aujourd’hui près de 80 personnes, hommes et femmes (1).

A toute époque, et en toute circonstance, le Christ appelle, le Christ embauche. Pour tous ses chantiers. Encore faut-il reconnaître sa voix et l’écouter. Car il est le Verbe, la Parole même de Dieu… Si crise il y a, c’est d’abord ici une crise de la Foi.

"Le problème des vocations n’est pas d’abord celui des prêtres, disait le futur cardinal Lustiger, mais celui du peuple chrétien, car ces vocations sont dépendantes de l’état d’un peuple, et non l’inverse". Que Dieu nous préserve donc du péché d’inertie ! ou de nostalgie désincarnée !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 1925 - 2008

(1) Monastero di Bose, 13887 Magnano (BI), Italie.

Cette communauté est née le 8 décembre 1963, le jour même de la clôture du concile Vatican II.